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Urgence
Dans les ghettos, cités, favelas et autres bidonvilles 
Pour l'ami sans-abri qui se terre et oublie dans ses nuits 
Le goût âpre de son vin déjà piqué par le froid et la vie, 

Dans le chaud dérisoire des prisons de l'hiver 

Qu'elles soient HLM ou bien demeures de maître 
Toutes les maisons ont quelque chose à dire. 

Je n'ai rien oublié ni les tâches au plafond ni la couleur des murs 
Cette maison prés des étoiles où je m'en revenais souvent 

Cet endroit là me fait du mal tellement je l'ai aimé avant, 

Il n'y avait pas de cheminée juste un grand canapé où l'on se blottissait 
Hier peut-être une vague idée du bonheur 
Aujourd'hui une boule de chagrin qui fait dérailler ma voix quand elle s'en va par là... 

Quelle importance de poser son cul sur un fauteuil Louis-Philippe 
Ou sur un banc dur et glacé qui pince la lune des mômes dans les jardins publics 

Je pense qu'i va falloir laisser la pluie laver l'amertume qui colle à nos trottoirs 
Je sens qu'il va falloir laisser grandir en nous ce sentiment d'urgence 
Et changer d'amour pour penser autrement. 

Regarde autour de toi petit homme, tous les royaumes se ressemblent 
L'unique appartient au ciel et le ciel est mon royaume qu'il y ait un Dieu ou pas 
Parce qu'il est un toit offert à tous. 

Pour apaiser nos yeux rien ne vaut le bleu immobile et la mouvance des nuages 
C'est l'Enfance qui crève l'écran les nuages, l'Enfance qui saute au plafond 

Normalement pour tous les petits enfants le présent est facile à vivre 

Puissance suprême de l'ange, même dans un silence à couper au couteau 
Mais l'après est bien pire que les rires dans le dos pour tous les marmots 
Que l'on n'a pas suffisamment nourris de l'émotion et de la magie des mots. 

C'est pourquoi bien souvent lors de nos singulières promenades endimanchées 
Des hommes vieux avec des yeux mouillés d'enfant nous regardent passer 
Ceux-là ont dans la tête autre chose que les rêves éphémères des nantis de l'espoir 

Il manque à leur vie l'essentiel 

Un ciel à mettre dans leur tête, une maison prés des étoiles où se sentir chez eux. 
Et pire encore, sans même chercher à nous dire quelque chose, 
Ils s'imposent à nos yeux de privilégiés comme le terrifiant reflet du déclin 

De notre propre humanité. 

Valérie Gonzalez