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Nuit Bourreau
Une nuit à sculpter la lune pour qu'elle prenne les traits 
D'un visage inconnu 
Faire taire la môme qui chiale comme un chat qui s'emballe 
Dans l'arrière cour des souvenirs épars 
Pactiser avec les trépassés pour qu'ils me laissent en paix rêver 
De ce qui pourrait m'éveiller à la vie 
Tenir la réalité brûlante au creux de mes deux mains 
Et m'essouffler dessus le corps anesthésié 
Ouvrir une brèche dans laquelle je pourrais me fondre 
Comme un sucre trempé dans un alcool fort 
	Encore trop de détails trop de mots à pacifier 
Pour tendre à une compréhension simple et limpide 
Comme une lecture de Cioran une vision de Picasso
La vie réelle a des chimères que nos regards fardés distancent
Quand la conscience en insurgée vient s’en mêler
Souvenirs lapidés regards fuyants comme des mouches folles 
Vers un présent figé 
Toile d'araignée où je deviens proie contre et pour des apparences d'unité
 D'appartenance à la normalité
          Oh mémoire sélective
Tu me condamnes à vivre envers et contre tous 
Là-bas déjà d'où je reviens toujours le regard dur 
Des faits ont marqué ma mémoire 
Et fait taire mes tous premiers émois 
Le coeur comme une pierre de jade 
Froid et vert de peur gratte la peau et voit le beau portrait de Munch 
Derrière la chaire encore un beau bouquet de nerfs 
Un vrai sac de noeuds à défaire et cette morve au nez à ravaler sans cesse 
	La tristesse est si douce quand elle se laisse aller …
Je t'en ferais voir moi des champs de pensées à défricher au bulldozer 
Des fleurs du mal à crever au napalm 
Et tu marcheras avec moi du même pas sur des sables émouvants 
D'où tu verras tout bouger autour de toi 
Tout sauf toi 
Toujours le même regard en dedans 
Un regard froid comme un hiver meurtrier 
	Vie violence voilà ce que je sais 
Ce que j'ai conservé des vos mots dégoulinant d'amour 
Comme un fruit trop mûr 
Cache derrière sa couche sirupeuse 
Le ver dans le noyau dur 
Trop court le jour pour oublier qui vous êtes et puis ce que vous devenez 
Trop longue est la nuit bourreau qui torture la pensée.

Valérie Gonzalez