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Le véritable ennui
C’est tant mieux si tout glisse sur moi comme la pluie
Ainsi ce n’est pas moi qui glisse le long des parois lisses
D’un versant de la vie
J’oublie le poids des mots que j’ai du mal à dire 
J’oublie le bruit des pas lourds de l’ennui 
Qui s’amplifie tel un écho en moi
M’attire toujours au fond du fond du puits
Là où se noient dans l’eau grise 
Toutes ces choses qui se dérobent à la parole
Et font que j’ai du mal à vivre,

Bouteille perdue dans l’immensité de la mer 
Flotte dans les décombres l’annonce d’une mort à venir.

C’est mieux quand je me hisse tout en haut du parvis
Poussée par je ne sais quels troubles avènements
Souple dans ma tête allégée par les vents
Au point que rien de ce qui paraît à ma vue ne me fuit
Et je vois l’autre qui part revenir 
Le regard inchangé
Usé d’avoir cherché ailleurs ce qui se trouvait dans son cœur...
Puisque tout tient dans la beauté d’un matin éclos 
Et la tristesse d’un soir qui s’en va là mourir,
Début et fin de nos destins terribles.

Tous courent après la clef manquante de leurs joies à venir
Inconnue au trousseau de baptême
Bel objet que je ne saurais décrire pour ne l’avoir tenu
Mais dont je pressens qu’il n’existe qu’au-delà de moi-même.
J’ai décidé d’être de ceux qui restent et qui regarde ailleurs
Pour créer la lumière là où l’obscurité domine,

Le déclin patent pour qui se sait mortel 
Celui dont je meurs depuis que je suis née
C’est de chercher toute sa vie durant
Ce que je sais
Ne trouverais jamais,
L’ennui pourtant le vrai
C’est de vivre et de ne plus chercher.

Valérie Gonzalez