Vous êtes ici   Les Mots Totems | La mer et la vie, même combat |

La mer et la vie, même combat
J'ai vécu sous les vents immobile 
Un peu comme à Ostende fragile 
	Enfant je me rappelle chevaux sauvages 
Qui couraient sur les pages de mes cahiers terribles 
Ils avaient tous la rage mais pas la bave des étalons rares. 

Plus tard de mon bateau j'ai jeté l'encre lourde 
Dans le bleu azuré de la mer à l'endroit même où dorment les palourdes 
J'ai pensé que l'eau froide et les vagues réveilleraient en moi ce qu'il y a de beau 
	Mais ma bouteille est vide mes mots ont pris le large. 

Je suis seule dans ce bel univers à diriger ma barque 
Je suis seule et comme vous j'espère au plus vite accoster sur mon île 
Car je sais tôt ou tard que tout doit disparaître 
	Le sel des mots d'amour 
	Les ailes dans le dos des gentils troubadours 
Je sais que la mer fait à l'occasion pour ses enfants fragiles 
	Office de cimetière. 

Dis-moi-toi Océan 
Où s'en vont les marins quand ils s'en vont si loin qu'on ne les revoie plus 
Où s'en vont les pêcheurs quand les rivières salées taries au fond des yeux cessent de les bercer 
	Et nous, où irons-nous voyageurs éperdus 
Quand nous aurons fini dans le cœur de puiser ce petit peu d'amour 
Dont nous avons besoin pour nous lever matin et vivre au jour le jour. 

	La mer est plus que tout une servitude 
Il faut lutter toujours et pour en revenir bien ranger dans sa nasse toutes ses certitudes, 
	La vie elle 
Est une histoire d'amour qui coule plus vite que l'eau vive 
Il faut lutter toujours contre le temps cruel et pour la vivre bien 
Ou du moins pas trop mal noyer les jours malades dans un verre d'amitié. 

La mer, la vie, l'envie de vivre et les regrets amers 
Face à ce grand mystère agir comme les grands marins 
Libre d'être profondément soi-même un jour arracher les amarres 
	Et s'en aller vivre sa vie, celle qu'on s'est choisie.

Valérie Gonzalez