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De l’Inconvénient de naître
Fragilité matinale Le petit jour encore timide Manifeste ses premiers des signes de vie Vulnérabilité de l’éveil Engourdissement des sens Le monde est en couche Je pars à la rencontre de qui est et se défait Dans le grand silence assiste à la renaissance De tout et toutes choses Sous l’œil avisé de l’astre allié Je participe au miracle du vivant Ma bouche inspire de grandes bouffées d’air Ma prose s’éveille au-delà du penchant d’écrire Effet immédiat Mon cœur ressent l'étreinte de la nuit céder Mes pieds peuvent avancer Libérer du grand sommeil la ville s’étire Se découvre et s’habille en bleu polychrome S'accommode du sentiment du plus grand nombre Se donne sans concession Telle est sa fonction Allégorie de la vie Métaphore de notre for intérieur Miroir sans teint ni compromis Moteur de nos émois souverains De sa cité l’homme est le symptôme Je marche toujours mais le temps presse L’espace autour de moi se resserre Pas de course et bousculades Des regards qui me traversent Sentiment d’invisibilité Instinct de survie en alerte Je bouscule à mon tour pour ne plus l’être Réflexe urbain de bête prise au piège Nécessité d’exister au-delà de mes contemporains La ville toujours nous renvoie à nous-mêmes Le monde est adulte à présent Le jour a perdu l’innocence de ses premiers émois Mes pas se font plus difficilement Comme tout ce qui vit plus j'avance plus je ploie Il est l’heure maintenant de mourir à moi-même Dans le ventre de ma maison Je laisse aux rêves le soin de me laver des souillures de la vie Ma raison affranchie du ciment des passions collectives Doucement je reconquiers ma figure humaine Mon avatar : une cicatrice dans le regard.
Valérie Gonzalez