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Attentat contre soi
Un matin de décembre sous l’œil froid de ma lampe 
Alors que j’écrivais pour réchauffer mes doigts 
Un séisme déclenché par un djinn mauvais 
Ravagea mon cerveau et me vola mes mots 
	
La terreur m’envahit
Le cœur tambourinant  
Je décidais d’avertir au plus vite quelqu’un de ce mal-être inopportun
 
D’abord me déplacer… 
Le corps incontrôlable se retrouver à terre 
Les idées embrouillées 
Sonnée comme un boxeur 

Malgré la peur 
Ramper et me hisser sur le canapé 

Respirer… 

J’ai envie de crier mais les sons qui me reviennent 
Ressemblent étrangement à des balbutiements d’enfants 
Je ne sais plus parler. 

Essayer encore 
Réciter l’alphabet 

Se souvenir d’un numéro de téléphone 
Se relever et se cogner aux meubles 
Se tenir aux murs 
Balayer l’idée de mourir seule…
 
Prévenir une personne capable de déchiffrer le vrai de mes non-sens 
Un être impliqué dans ma vie qui ne raccrochera pas énervé 
A l’épreuve de mon silence 
Ma mère… 

J’ai réussi 
Aller à la porte 
Ouvrir et ravaler sa peur 
Ne pas la communiquer…

Se heurter à la réalité : 

Le côté droit de mon corps ne veut plus obéir 
La parole est un acquis que j’ai du par mégarde égarer 

Attendre les pompiers et ne pas penser 
Afin de ne pas devenir folle 


Arrivée aux urgences 

Une heure alitée sur un brancard au milieu du couloir 
Et puis le miracle du jour 
Un éventail de blouses blanches pour jouer au docteur 

Là 
Tout ce que je sais c’est que je n’ai pas mal… 
Et c’est déjà beaucoup 

Trois jours branchée de tous côtés 
A écouter le bruit des machines des soins intensifs 
Et puis une chambre normale avec des repas qui s’avalent 
Des matins occupés à réapprendre ce que mon corps a oublié
 
Examens terminés
 
Le grand manitou du service se joint à l’assemblé 
Avec sous le bras une surprise en prime 
Des mots pour expliquer l’état de mon cerveau 

Le neurologue me sert son monologue 

Il parle d’accident cérébral vasculaire ischémique 
Souligne que je suis un cas 
A trente ans ce n’est pas bien banal 
Et puis il tique… 

Vous comprenez la science a ses limites… 
Je m’avoue incapable de vous expliquer pourquoi

Pourquoi… 

Parce que.
Me répond une petite voix l’intérieur de moi. 

Valérie Gonzalez