Vous êtes ici   Les Mots Totems | A bout de souffle |

A bout de souffle
J’ai pris sa main dans la mienne 

Tant qu’elle a pu elle a caressé ma paume 
Tracé un chemin dans le sillage de ma ligne de vie 
jusqu’à ce que mes yeux reprennent confiance et que les siens
Voyagent aux antipodes trop loin pour pouvoir me rejoindre 

	Elle a souri quelquefois alors que son regard était embué d’effroi 

Avant ça je lui ai caressé le front comme on le fait pour rassurer un enfant 
Dit les mots que prononce le cœur à haute voix 
Quand il renonce dans l’urgence à sa pudeur 

	Du coup des - je t’aime 

Plus vivants que le piquant des épines de l’existence 
Allégeaient la surcharge des émotions 
Qui s’indignaient devant la petitesse de cette pièce 
Bien trop limitée pour contenir toute entière 
La genèse d’une aventure humaine 
Qui s’en venait là dans l’instant mourir 

	Aussi j’ai ouvert la fenêtre 

Même j’ai pu retenir mes larmes jusqu’à son dernier râle 
Arborer un sourire qui disait tout va bien maintenant 
Tu peux partir là où tu n’auras plus jamais mal 
Où la maladie qui t’a conduite à passer 
Des automnes emmurée dans le silence de ta voix 
Égarée dans la mégalopole d’un encéphale écorché 
Sans omettre en dedans les cris de tes nerfs 
Sous le poids du fer de l’armure de ta peau 

	Tout cela n'est plus 

Seul compte à présent l’amour 
Qui reste au-delà de l’immobilité de ce corps 
Froid qui n’est plus que la représentation de ce qui fut toi 
Ou du moins de ce que j’y voyais moi 
Dans le reflet de tes yeux quand ils se perdaient dans les miens 

	Toi et moi réunies partageant un instant pour toujours 

Gravé dans l’écorce de nos coeurs un amour qui survit à tout lui
Et même aux assauts foudroyants de la pire des putains qui soit 
Parce qu’elle ne demande jamais rien 
En échange d’un dernier baiser froid et meurtrier 
Juste trouver du sens 

	Juste après quand la souffrance au bras de la mort s’en est allée.

	
Valérie Gonzalez